Mehdi Sharafi
Résumé
Anselm Keifer est un artiste-peintre majeur à partir des années quatre-vingts en Allemagne. Il considère l’histoire comme un matériau artistique. Son travail est une confrontation avec l’oubli historique dans les heures les plus sombres de l’histoire. Il est peintre du paysage, les œuvres les plus proéminentes de Kiefer sont sans doute ses paysages extraordinaires et fascinants. Et de fait, c’est avec ces paysages que se noue sa relation profonde avec la terre, l’histoire et la nature. Et au cœur de l’espace pictural, il s’est particulièrement impliqué dans la création d’éléments de la nature.
Dans les peintures de Kiefer, les espaces de travail se transforment en un énorme contexte au sein duquel se déroulent de nombreux événements. Les ateliers de Kiefer ressemblent plus à des laboratoires où il se lance dans des essais et erreurs et expérimente avec divers matériaux.
Le jardin-atelier de Barjac dans le sud de la France est un des principaux espaces de travail de Kiefer. L’usine de soie abandonnée, est non seulement transformée en un immense atelier par Kiefer, mais l’usine et l’espace naturel qui l’entoure après toutes ces années, la quantité énorme de travail effectuée par Kiefer sont devenus une grande œuvre d’art et bien sûr l’un des espaces les plus célèbres au monde en son genre.
Au cours de ces années, le Jardin-atelier de Barjac a été créé, étape par étape et section par section. Dans le Barjac, la nature vient à l’aide de structures, de tunnels et de bâtiments et bien sûr aux peintures de Kiefer, lui permettant ainsi de présenter sa vision du monde en tant qu’artiste contemporain.
Dans cette lecture, nous souhaitons explorer le parcours de Kiefer jusqu’à son arrivée à Barjac et comment il a finalement eu l’idée de créer un immense jardin-atelier au cœur de l’espace de Barjac. La problématique de la création d’un atelier par un artiste-peintre au sein d’un jardin avec de si grandes dimensions, ainsi que les réalisations découlant de cette exploration par un artiste contemporain à notre époque, sont les principaux objets de cette recherche.
« La mémoire, le souvenir d’un paysage, est un événement pour tous nos sens. »[1] Anselm Kiefer
Mots clés : Anselm Kiefer, Artiste-peintre, Atelier, Peinture contemporaine, Nature, Jardin, paysage, Barjac
Anselm Kiefer : Barjac comme un Jardin-Atelier de monde
Anselm Kiefer est un peintre-artiste contemporain allemand, né en 1945, l’année où la Seconde Guerre mondiale prend fin, à Donaueschingen en Allemagne. Sa naissance à cette époque a eu une grande influence sur sa manière de travailler et les concepts qu’il choisissait pour ses œuvres. Les divers sujets abordés sur le chemin artistique et leur progrès sont de plus en plus diversifiés et abondants.
L’ensemble des œuvres de Kiefer est très varié et s’étend dans divers domaines artistiques : peinture, photographie, sculpture et installations qui prennent l’allure de grandes structures architecturales. Souvent, ses œuvres se mettent ensemble et créent de nouveaux espaces. Le plus unique de ces espaces et l’interaction de ces différents médiums artistiques peuvent être vus dans ses immenses ateliers.
Kiefer a profité de chaque occasion pour mener à bien et faire progresser son travail artistique. C’est un chemin où il habite depuis toujours, et en effet, on peut dire que durant toutes ces années, il a eu une vie commune avec son art et son travail. Les œuvres les plus proéminentes de Kiefer sont sans doute ses paysages extraordinaires et fascinants. Et de fait, c’est avec ces paysages que se noue sa relation profonde avec la terre, l’histoire et la nature. On dirait que ces paysages contiennent une grande force spirituelle, voire qu’ils remettent en question cette force. Ces œuvres ont leur origine dans l’histoire de l’art et sont, en même temps, des élégies qui sortent des événements historiques, de la cendre de la guerre.
Kiefer traite intelligemment l’énorme diversité et pluralisme; comme si derrière le peintre qu’il est, il y avait un archéologue, un spécialiste de laboratoire et un chercheur sensible aux moindres détails. Durant toutes ces années et à chaque période de la carrière artistique de Kiefer, les œuvres qu’il a créées et les concepts avancés ont été fortement influencés par l’espace dans lequel il était engagé, y compris son Atelier. En fait, on peut dire que l’atmosphère de l’atelier et l’identité que celui-ci attribue à Kiefer en tant qu’artiste ont grandement contribué à l’avancement de ses idées et de ses préoccupations dans son travail.
L’un des ateliers les plus importants et uniques de Kiefer est Barjac, un atelier de renommée mondiale considéré comme l’un des ateliers d’artistes contemporains les plus célèbres au monde. Aujourd’hui, Barjac est devenu lui-même une grande œuvre d’art au cœur de la nature.
Pour gagner l’atelier de Kiefer on doit traverser le village de Barjac et, après être passé par des collines et des pics, on arrive à la perspective captivante de Kiefer. Il est unique qu’au cours d’un long processus de travail, Kiefer essaie de transformer une usine industrielle abandonnée du village de Barjac en un micro-univers. En fait, Barjac est le point où un peintre contemporain décide de développer ses préoccupations en dehors de l’espace pictural. À Barjac, nous pouvons explorer le monde de Kiefer, le même monde qu’il explore dans ses peintures, mais cette fois à travers une variété de formes artistiques au cœur de la nature. Barjac représente un espace de transfert-allégorique, où différentes expressions artistiques se fondent au sein de la nature. Il est conçu et développé comme une allégorie de la terre.
Nous sommes confrontés à une énorme quantité de travail à Barjac, allant des peintures aux sculptures, en passant par les installations et structures variées au sein de la nature. En tant que peintre de paysage, Kiefer explore diverses approches de travail dans ses tableaux. À Barjac, il s’efforce d’intégrer différents médiums artistiques pour nous offrir une perspective novatrice de l’artiste contemporain.
Les œuvres de Kiefer sont créées dans un espace de travail complexe à plusieurs niveaux comportant de nombreux détails. Des espaces qui, tout en étant nouveaux et différents des studios conventionnels, sont enracinés dans le passé. Les œuvres de Kiefer rassemblent différentes couches. À mon point de vue, cette poéticité rustre et tordue, son immense et ancien acquis historique et culturel, les détails extraordinaires, sa maîtrise sans pareil de sa méthode de travail et des outils dont il se sert, font de lui un artiste unique et louable. Il est le poète de la terre, ses œuvres sont l’essence de l’être, sortie du dessous des ruines et des talus de sol. Elles me passionnent et m’incitent à fouiller l’intérieur, le passé, l’histoire. Le travail de Kiefer représente une nouvelle exploration de l’espace pictural et d’un médium traditionnel à l’époque contemporaine.
Le parcours artistique de Kiefer comporte de nombreux détails à explorer. Cependant, la question principale qui sera explorée au cœur de cette recherche concerne les ateliers de Kiefer et leur rôle dans l’élaboration de ses œuvres, en particulier celui du jardin-atelier Barjac.
Tout au long de son parcours artistique, Kiefer a toujours mis l’accent sur le rôle de l’atelier dans l’avancement et le développement de son travail, tant en peinture que dans d’autres médiums artistiques. Cette importance et cette attention ont-elles joué un rôle dans le développement de son travail en tant que peintre-artiste contemporain? Et comment évaluer l’impact de cette approche dans le travail de Kiefer?
Les ateliers de Kiefer ressemblent plus à des laboratoires où il se lance dans des essais et erreurs et expérimente avec divers matériaux. Il exploite les grands espaces de ses ateliers pour mettre en œuvre ses idées extraordinaires. Afin de pouvoir intégrer toute cette matière autour du noyau central, l’espace de travail et le contexte dans lequel il envisage d’avancer prennent une importance particulière. Un problème auquel Kiefer a prêté attention avec la sensibilité requise dès le début de sa carrière artistique. Le fait qu’il ait enfin l’idée de créer un immense jardin-atelier de Barjac au cœur de l’espace de Barjac. Une grande partie des peintures de Kiefer sont des peintures de paysages. Quel a été l’impact mutuel de Barjac en tant qu’atelier de jardin et des peintures de Kiefer?
Dans le Barjac, nous sommes confrontés à une quantité énorme d’œuvres en dehors de l’espace pictural. Quand nous disons aujourd’hui que la tour elle-même est devenue une grande œuvre d’art au sein de la nature, de quel type de lien entre l’art en tant qu’une manière d’expression humaine et la nature faisons-nous référence?
Ce sont ces problèmes et ces questions qui seront abordés dans cette recherche étape par étape et au cœur de l’avancement des travaux au sein de l’Atelier Kiefer.
Atelier de « Walldürn-Hornbach »
Pour mettre en lumière l’influence des ateliers de Kiefer sur son parcours, avant d’examiner Barjac, on peut évoquer l’impact initial que son atelier a eu sur ses premières œuvres artistiques. Cela permettrait de mieux comprendre l’empreinte que son travail a laissée dans son atelier.
Dès les premières années, à savoir en 1973, Kiefer installe son atelier dans le grenier d’une ancienne école de Walldürn-Hornbach dans l’Odenwald. Cet atelier a joué un rôle majeur dans les séries d’œuvres créées par Kiefer au cours de ces années. Les photos que Kiefer a enregistrées à partir de l’espace de l’atelier montrent à quel point la représentation de cet espace est évidente dans les peintures de cette période.

Resurrexit, 1973, huile, acrylique et fusain sur toile de jute. Photo par l’auteur. Exposition d’Anselm Kiefer au Centre Pompidou, Paris. 2015-2016
L’un des œuvres les plus célèbres de cette période de travail de Kiefer, qui est une compilation de son atelier et de l’espace extérieur, ainsi que des préoccupations et des concepts qui y ont été mêlés s’appelle « Resurrexit ». La palette de couleurs et la technique utilisées pour créer cette œuvre s’inscrivent dans la tradition picturale allemande. Dans cette œuvre, il y a un bois encadré et inhabituel qui relie l’espace intérieur d’atelier de Kiefer à l’escalier des marches, l’espace extérieur est attaché à la partie inférieure, et on est également confronté à un paysage, un mélange de représentations et d’éléments subjectifs. « La toile figure un long chemin tapissé de branches et de feuilles mortes qui circule entre les arbres secs et sans feuilles, raides de verticalité, menant au loin vers un improbable horizon – rédemption ?»[[2]En fait, Kiefer a tenté de représenter ses préoccupations historico-allégoriques dans le contexte d’un espace familier. Le serpent s’ouvre un chemin et se dirige vers cet espace céleste qui a la forme d’un cône renversé. Et de cette façon, il transmet les regards du bas du tableau vers le centre et au- dessus. C’est un transfert temps-espace entre les deux sections de l’œuvre, les vues passent à travers cette perspective et atteignent la section des escaliers, la transition du bas vers le haut crée également un décalage dans le temps : la forme du serpent au bas de la boîte d’énergie du stimulus est l’élément principal de cette transition temps-espace dans ce tableau.
« Dans cette construction singulière, l’artiste reprend dans la partie supérieure la forme géométrique du cône et indique l’escalier en bois menant au grenier où se trouve son atelier. Cette peinture marque le passage d’un espace à l’autre – celui de la nature et celui de la création artistique – clairement symbolisé par la porte d’entrée en haut de l’escalier et de la composition. Au-delà de cette porte. »[3]
Il s’appuie ainsi sur le principe de l’atelier pivot et de l’identité du lieu où et quand il fait et avance son travail, créant des œuvres qui lui apportent de nouvelles réalisations d’un point de vue esthétique et conceptuel.
Pour Danièle Cohn : « […] L’atelier en protège l’artiste. Il en protège également le tableau qui y est à l’abri. Ce qui fait de l’atelier d’artiste un lieu, au sens plein du terme, tient aux relations d’espace qu’il invente et qui transforment l’expérience sensible des formes que sont les œuvres. » [4] En fait, l’art et le travail accomplis lors de son développement jouent le rôle central ; tous les autres éléments et détails de sa vie suivent son rythme. Kiefer considère ce grenier comme un refuge qui l’aide. Dans les peintures de Kiefer, cet espace de travail se transforme en un énorme contexte au sein duquel se déroulent de nombreux événements. Ainsi, les mythes et les éléments symboliques s’attachent à l’histoire contemporaine et aux préoccupations de Kiefer et leur poursuite mène au grenier et crée différents récits au cœur de cet espace.
Émigration en France : Barjac et Croissy
Plus on passe du temps à contempler le travail de Kiefer, plus on prend conscience de l’importance du lieu de travail dans l’avancement de ses peintures et de ses projets artistiques. Kiefer, qui était à la recherche de nouvelles expériences, émigra en France en 1992 et, pendant toutes les années suivantes, et malgré de brèves périodes de recherche de nouvelles découvertes et de voyages, la plupart de ses œuvres sont créées en France.[5] Parmi les propos de Kiefer sur les raisons de son départ d’Allemagne, deux points sont plus importants que les autres. D’abord, il faut changer l’espace et le lieu de travail pour créer un nouvel état d’esprit et de nouvelles idées. En effet, Kiefer souligne qu’il existe une relation directe entre le lieu de travail et la formation d’idées et l’avancement du projet. Dans la manière du travail de Kiefer, l’interaction entre le lieu de travail et les œuvres créées est assez tangible, et bien sûr, cela s’applique à d’autres artistes. L’endroit peut avoir des effets et des réalisations très différents sur votre travail. Peut-être l’expression la plus convenable pour décrire cela est la « dialectique du lieu-l’artiste ». Basé sur une telle approche, l’impact que l’artiste et son espace de travail ont l’un sur l’autre est mutuel, et aussi le rôle de cette influence dans les œuvres de l’artiste est indéniable. L’artiste peut envisager diverses idées pour l’élaboration de son œuvre en fonction de l’ambiance que lui procure son espace de travail, et l’espace de travail lui-même peut adopter une identité changeante en fonction de la démarche et du travail de l’artiste. En fin de compte, cette interaction peut conduire à l’émergence de nouvelles perspectives et à la réalisation de différentes œuvres artistiques.

L’espace intéreur de l’atelier de Croissy-Beaubourg d’Anselm Kiefer. Prises du livre COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 283
Le deuxième point, que Kiefer appelle l’une des principales raisons de son immigration, est d’atteindre différents matériaux pour faire avancer ses idées et donc la formation de nouvelles manières de travail basées sur ces matériaux. En continuant d’examiner le chemin d’activité artistique de Kiefer, on trouve que, dans le même ensemble de peintures qu’il a créées, il est capable de travailler avec différents matériaux et méthodes pour développer la peinture en tant que média pictural dynamique à l’époque contemporaine.
Kiefer a deux grands ateliers en France, dans deux différentes régions, chacun d’entre eux ayant été conçu dans un lieu distinct avec des formes, des agencements et des fonctions différentes. L’un de ces ateliers est situé dans la banlieue est de Paris, à Croissy-Beaubourg et l’autre dans le sud de la France et près de la commune de Barjac.
« Les deux ateliers conçus et habités par Kiefer sur le sol français, à Barjac d’abord puis à Paris et Croissy, peuvent s’interpréter comme des « ateliers-mondes », des microcosmes du grand macrocosme qu’est l’Univers. En ce sens, je pourrais avancer l’idée selon laquelle Kiefer vit dans, et réactive, ce que Michel Foucault avait appelé, dans Les Mots et les Choses, l’épistémè de « l’universelle analogie », qui précède celle de « l’Âge classique. »[6]
À travers la construction et le développement de ses ateliers, Kiefer a essayé de présenter de manière gigantesque son idée fondamentale de l’art, ses grands ateliers ses adaptations du monde représentant également sa vision du monde. L’atmosphère et la perception de l’ensemble des œuvres de Kiefer sont transmises au spectateur, comme on peut le voir dans leurs éléments constitutifs. Nous observons une cohérence et une configuration de l’ensemble, l’élément général qui crée le monde de Kiefer, un monde qu’il crée avec ses mains.

La perspective de l’atelier de Barjac d’Anselm Kiefer. Prises du livre COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 68
Chacun de ces deux ateliers présente des significations différentes et variées, et Kiefer a développé une variété d’idées différentes dans leur cœur, comme si c’étaient deux sens et deux réactions différentes de Kiefer. L’un est un peu propice au murmure et plus intérieur, l’autre est légèrement hurlant et un peu extérieur.
« Croissy est un espace à réinventer par chacun, qui peut s’en emparer à sa manière, selon ses codes culturels, son âge, ses postures corporelles, son rapport intime à l’art et à la culture. Revenir sur ses pas, se perdre, contempler, se questionner : Croissy invite à une aventure du corps et de l’esprit. Davantage encore : à une exploration du cerveau de l’artiste. »[7]
L’atelier de Croissy est situé dans la banlieue est de Paris et à côté de l’Aérodrome de Lognes – Émerainville. Si vous y allez par curiosité, à l’extérieur vous serez confronté à cet immense atelier, et en tant qu’un public externe et passant, il n’y aura pas grand-chose à voir, à part quelques répliques d’avion et les petites installations de plantes et de fleurs aux graines de tournesol. La plupart des événements se déroulent à l’intérieur de l’atelier et derrière les murs : un murmure et une fouille de l’intérieur.
Jardin-atelier de Barjac

La perspective de l’atelier de Barjac d’Anselm Kiefer, Prises du livre COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 68
L’atelier de Barjac est quelque peu différent. Contrairement à Croissy, l’accès initial à Barjac est très complexe et difficile, c’est un endroit éloigné pour lequel arriver auquel vous devrez vous faire guider pour arriver. En y arrivant, et face à l’atelier de Kiefer, tout s’avère différent. Pour gagner l’atelier de Kiefer on doit traverser le village de Barjac et, après être passé par des collines et des pics, on arrive à la perspective captivante de Kiefer. Il est unique qu’au cours d’un long processus de travail, Kiefer essaie de transformer une usine industrielle abandonnée du village de Barjac en un micro-univers. L’usine de soie abandonnée, délaissée d’une période de croissance et développement industriel au cœur du modernisme, est non seulement transformée en un atelier grotesque par Kiefer, mais l’usine et l’espace naturel qui l’entoure après toutes ces années, la quantité énorme de travail effectuée par Kiefer sont devenus une grande œuvre d’art et bien sûr l’un des espaces les plus célèbres au monde en son genre. « Barjac est un site industriel autant qu’organique, le moderne et l’archaïque s’y nouent sans cesse, Kiefer comparant volontiers son atelier à une raffinerie ou à une ruine. »[8] Barjac comprend plusieurs composants, notamment :« […] des maisons, un amphithéâtre, une immense crypte, un long passage qui ressemble à l’intérieur d’une pyramide, des espaces destinés à abriter des œuvres isolées, des serres et un ensemble de tours en béton armé. »[9] On est confronté à une vaste exploration, une exploration des idées, des désirs et des caprices d’un peintre, un peintre contemporain qui à travers le contexte de sa possession, a mené ses préoccupations et ses explorations dans les contextes plastiques et crée plusieurs œuvres dans différentes branches d’arts visuels et expose dans l’atmosphère de Barjac, une perspective énorme.
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Les espaces intéreurs de l’atelier de Barjac d’Anselm Kiefer. Prises du livre COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 215,199,91
Si on connaît les sujets et les idées de Kiefer et qu’on suit le chemin qu’il a parcouru après cette phase de transition, on pourra mieux confirmer ce succès dans la poursuite de cette quête fondamentale de Kiefer dans son exploration. Il l’explique ainsi :
« Dans les débuts de mon installation, tout ce qui a vu le jour ici a été réalisé à partir de ce que j’avais apporté d’Allemagne ; photos, livres, tableaux inachevés, de même que les matériaux, notamment le plomb, semé des plants, tracé des enceintes. [..] Et puis un j’ai eu l’idée des tunnels. Comme il n’y avait plus rien à voir en surface, je suis allé dans les profondeurs, c’était à vrai dire non pas une idée, mais un réflexe. »[10]
Le travail effectué dans Barjac est répandu et ajoute des différences conceptuelles et de nouvelles sections à l’atmosphère élémentaire qu’il a mise en place, ce qui le conduit finalement à une nouvelle définition de « l’Atelier » ; une définition en dehors des stéréotypes et des cadres conventionnels.
« Un laboratoire, un lieu d’expérimentation dans lequel s’imaginent d’autres relations d’espace, se réalisent d’autres voyages spatiaux, d’autres réversions du temps. […] Le lieu qu’est l’atelier, aussi ancien que l’humanité, comme le montre l’archéologie de la préhistoire, est déterminé par une circonscription – il délimite de transformation, une activité productrice, un changement ou des changements d’état des matières ou des objet initiaux en objets « transformés ». »[11]
Ce qui fait de l’atelier de Kiefer un laboratoire est sa perception de l’existence et son mode de vie particuliers. Dans ce laboratoire, il fouille divers éléments et s’aide de tout matériau, de tout outil, afin d’obtenir ce qu’il a à l’esprit. C’est là que la manière et l’attitude artistiques de Kiefer s’enchevêtrent à l’endroit où il crée : l’atelier et tout ce qui est dedans deviennent un archétype, cherchant à communiquer des choses du passé au présent, ou bien nous faisant voyager, Kiefer et nous, dans le passé.
Au cours de ces années, le Jardin-atelier de Barjac a été créé, étape par étape et section par section. Après avoir traversé toutes ces années et la grande quantité de travail effectué, l’espace de l’atelier de Barjac est comme une grande exposition : de grandes peintures, des collages d’images différentes, des assemblages, des installations, des instruments d’architecture, des halls, des couloirs conçus de manière particulière, des espaces vitrés et d’énormes tunnels qui ont encore ajouté aux merveilles de l’espace tous ces détails créé dans un grand jardin et à côté de divers éléments de la nature, tels que les arbres, les fleurs et différents types de plantes. Kiefer voit le monde de son point de vue, il crée ses œuvres en fonction de ses intérêts, de son esprit et de ses capacités. Dès le début de sa carrière artistique, il a démontré sa capacité à exploiter au mieux le contexte et l’espace de son atelier pour le développement de son travail. À Barjac, cette capacité atteint son apogée et l’espace de travail ou son atelier est tellement imbriqué avec ses œuvres qu’il est difficile de les distinguer les unes des autres. Tous ces détails, décrits dans le commentaire sur Barjac, mènent finalement à la reconnaissance du fait qu’on cherche à donner une image claire de l’atelier de l’artiste. On est confronté à un environnement de travail, qui est en soi une œuvre d’art contemporain unique.

Les archives des matériaux dans les ateliers d’Anselm Kiefer. Photo par l’auteur. Exposition d’Anselm Kiefer au Grand Palais, Paris. 2021-2022.
La combinaison des ruines avec la nature de Barjac et d’autres éléments installés au cœur de ce jardin est étonnante. Nous contemplons le monde entier, un monde où la nature a été le pilier principal depuis le début, bien avant l’émergence de toute forme de civilisation et à travers les différentes périodes de l’histoire. Maintenant, Kiefer compare à nouveau cette histoire bruyante à son principe fondamental, qui est la nature. Cette comparaison progresse dans le silence du jardin de Barjac. Kiefer a besoin de cette analogie pour faire progresser son travail.
En effet, les ruines de Kiefer, ainsi que les éléments installés dans l’environnement extérieur de Barjac, à travers l’utilisation d’arbres, de plantes et d’aménagements paysagers au cœur de cette nature, acquièrent une identité. Les structures en béton se fondent dans cet environnement, trouvant leur identité au milieu des arbres et de la nature.
C’est le chemin parcouru par l’homme à travers les siècles jusqu’à nos jours, une forme de dialectique entre l’histoire naturelle et l’histoire humaine. Kiefer fusionne l’histoire avec la nature, et nous observons l’histoire qu’il crée depuis le cœur de la nature et du jardin de Barjac. C’est un paysage qui s’étend au-delà de l’espace pictural.
Anselm Kiefer a une unité de recherche, que chaque peintre peut avoir dans un coin de son atelier, à consulter de temps en temps. Or nous avons un très large éventail d’enquêtes à l’Atelier Kiefer : « de livres scientifiques, médicaux ou de botanique datant parfois du XVIIe siècle, qu’il a amassés depuis l’Allemagne représente avant tout pour lui un outil de travail. Source d’inspiration majeure, le livre figure à la fois un temple du savoir, un objet plastique et un symbole culturel. Il représente aussi sa façon à lui, très particulière, intime, de créer. »[12] Outre le département de recherche d’Anselm Kiefer où il est possible de trouver de telles choses fascinantes en abondance, une autre partie plus intéressante de son atelier comprend les archives et les étagères du matériau qui ont été sélectionnées et rassemblées tout au long de l’espace. Kiefer a effectué plusieurs tests et analyses dessus, à point d’être parfaitement conscient de leur potentialité de placement au cours du processus de production. Maintenant, ils sont archivés et classés dans ces énormes étagères pour être utilisés jour après jour lors du processus de travail. Ce sont des archives incroyablement diverses, il est maintenant possible pour le peintre de retourner à la peinture. Après toutes ces années, au-delà de tous les cadres et limites, il peut profiter de tout ce qu’il juge utile au développement de son travail.
Le processus de création dans l’atelier-laboratoire de Kiefer exige un grand nombre de différents matériaux, outils et espaces, et l’énorme taille des œuvres qui atteint parfois des dizaines de mètres appellent à l’usage des méthodes particulières et à l’engagement des assistants. Pendant ce travail complexe qui prend parfois l’allure d’une recherche, Kiefer devient tantôt un entrepreneur ou un maître qui dirige un projet. Tout cela a lieu au sein de l’atelier. Des matériaux divers et variés y sont transportés et subissent le processus de création.
« Le peintre d’atelier qu’est Kiefer peint toujours seul, il travaille physiquement en solitaire, sur, dans, à sa toile, une toile qu’il a fait tendre dans l’atelier, décidant du format, du châssis. L’atelier produit tout en quelque sorte, il est d’abord le lieu industrieux qui engrange ce qui devient les outils, les matériaux et les motifs de l’œuvre. L’engrangement, le stockage impliquent un enchevêtrement des temps et des êtres qui devient une temporalité à l’œuvre dans les œuvres. »[13]
Lorsqu’on regarde le processus de création et la manière de travail que Kiefer a choisis à différentes périodes, on est sans doute stupéfait par leur immensité et par le souci de détails chez l’artiste. Il choisit minutieusement ce dont il a besoin pendant le processus, il met tout en place pour assurer le meilleur déroulement du travail et pour mener à terme ses idées et le développement de ses concepts souhaités. Les tableaux de Kiefer se nourrissent d’autres éléments que le pigment :
« Notamment des végétaux et des fleurs comme les tournesols, semés dans l’atelier de Barjac […] à partir de graines provenant du Japon et qui mesurent sept mètres de hauteur … Des milliers de tulipes aussi, dont les pétales, soigneusement conservés et séchés, ont été utilisés dans les tableaux consacrés aux poètes arabes. Il y eut également la paille, […], le sable, et […], le plomb, matériau matriciel de l’œuvre. »[14]
Dans de nombreuses œuvres de Kiefer, les premières choses qui attirent l’attention du public, sont les matériaux dont l’usage n’est pas très courant, mais qui sont très évidents dans les travaux de Kiefer, qui choisit des matériaux en fonction de ses idées. Cela l’aide à développer son idée dans le processus de son travail ; il n’a aucune limitation. À l’atelier, décrit comme un grand laboratoire, il est toujours impliqué dans des tests de nouveaux matériaux, afin qu’il puisse les utiliser dans le cœur de son processus de travail. De cette manière, Kiefer ne cesse d’accroître sa connaissance afin non seulement que ces matériaux puissent jouer un rôle dans les éléments visuels de son travail, mais aussi que partout où il serait nécessaire de recourir à des significations métaphoriques, historiques, etc., il ait à sa disposition un matériau convenable.

Le Dormeur du val, 2013-2015, huile, acrylique, émulsion sur toile. Photo par l’auteur. Exposition d’Anselm Kiefer au Centre Pompidou, Paris. 2015-2016
Dans le Barjac, la nature vient à l’aide de structures, de tunnels et de bâtiments et bien sûr aux peintures de Kiefer, afin qu’il puisse présenter ses visions de l’histoire et ses poésies pour la terre à l’aide des éléments de cette nature mieux que nulle part ailleurs.

Séchage des fleurs dans l’atelier de Barjac de Anselm Kiefer, Prises du livre COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 48
Kiefer a cherché à prendre soin de la nature au cœur de Barjac pendant ces années-là, en y ajoutant de nouvelles sections et en plantant différents types de plantes et de fleurs en fonction de sa subjectivité métaphorique, créant ainsi un cycle.
Le cycle que Kiefer a créé à Barjac consiste à entretenir la nature et les éléments naturels de ce jardin. Lorsque le cycle naturel de ces éléments se termine, il les intègre dans ses œuvres, dans ses peintures et ses installations. Les fleurs sèchent…, les tournesols terminent leur cycle de vie…, les feuilles de différentes plantes tombent au sol… mais ce n’est pas la fin du travail. Il s’agit plutôt d’un nouveau départ, d’un commencement à créer deux fois, à créer au cœur des œuvres de Kiefer.

Archives de fleurs dans les ateliers d’Anselm Kiefer. Photo par l’auteur. Exposition d’Anselm Kiefer au Grand Palais, Paris. 2021-2022
Ici, à l’aide de ses réflexions théoriques, Kiefer fait de ces plantes des signes dans ses œuvres, à partir de l’essence de la nature, il crée une ligne de transition entre la peinture, la littérature, l’histoire, la philosophie et bien sûr la terre. Ils sont soignés par des résines et des couleurs au cœur des œuvres pour qu’elles durent éternellement. Que les tournesols soient placés sur une toile ou dans une installation, ils sont une essence du jardin de Barjac dans les œuvres de Kiefer, qui ont trouvé dans son travail une signification métaphorique.
Les fleurs séchées du jardin Barjac ont aussi une telle histoire, soit elles sont placées au cœur des œuvres sous les couleurs et résines, soit elles sont devenues des éléments inspirants dans les peintures de paysage de Kiefer.
En tant que peintre, quand je regarde Kiefer allant s’installer à Barjac et commençant à construire cet énorme projet, l’une des premières et des plus fascinantes des choses qui me viennent à l’esprit est que, étape par étape, avec l’avènement de Barjac, il a créé une magnifique possibilité qui peut se trouver au cœur de son atelier et du lieu de création de ses œuvres, pour présenter la meilleure idée, le plus délicatement possible, sans aucune limitation. C’est sûrement la manière de présentation idéale de l’artiste.
« Mais chez Kiefer résident la force de l’acceptation et l’espoir que « quelque chose » d’autre advienne par pétrification même de l’œuvre. C’est en ce sens qu’il accepte – avec tous, les risques qu’une attitude aussi radicale comporte – qu’une fois mise en scène sur les cimaises de la galerie, au mur du musée ou du collectionneur, l’œuvre ne lui appartienne plus, ne soit plus sienne. »[15]
Lorsqu’on regarde Barjac dans des films ou des photos qui nous sont disponibles, on trouve la disposition des œuvres de Kiefer dans cet espace et on les compare avec celles d’entre elles qui sont exposées en dehors de cet espace, même dans la manière de présentation la plus idéale. Prenons l’exemple de l’exposition d’Anselm Kiefer au Grand Palais de Paris en 2007 et en 2021-2022. On constate que la présentation des œuvres de Kiefer dans son atelier de Barjac est beaucoup plus spectaculaire que leur présentation ailleurs. Les deux facteurs qui contribuent à cela sont la liberté totale de Kiefer dans cet environnement et le dynamisme de l’espace et la modification des œuvres et des autres éléments composants.
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Utilisation de fleurs et d’herbes séchées dans les œuvres de Kiefer. Prises du livre BOUHOURS, Jean-Michel (ed.). 2015. Anselm Kiefer. Éditions Centre Pompidou, 89
Les ruines des tours en béton de Barjac murmurent la grande histoire à nos oreilles lorsqu’elles s’élèvent à travers les arbres, non pas lorsque leur représentation devient plus vivante pour le public dans la galerie du Grand Palais de Paris sous la lumière artificielle.
Lorsque vous observez la disposition des éléments, par exemple les installations « Die Frauen der Antike », dans l’espace de Barjac et que vous la comparez à la disposition des mêmes éléments dans l’espace d’exposition, vous pouvez comprendre l’importance de la nature de Barjac pour Kiefer. La dialectique prédominante entre ces éléments et la nature de Barjac confère une nouvelle dimension à l’œuvre de Kiefer.
La visualisation de l’interaction humaine avec la nature est imaginée dans cet espace depuis le début de l’histoire humaine jusqu’à aujourd’hui. La nature, telle une mère, a abrité en elle ces œuvres, ce qui constitue la forme la plus allégorique de la dialectique prédominante entre la nature de Barjac et le travail de Kiefer.
En réalité, le sens de ces éléments réside au cœur de cette nature, qui se déploie de la meilleure manière possible dans l’espace et imprègne l’existence. Même dans les moments les plus défavorables, la nature demeure un refuge et une ressource qui donne un nouveau souffle à la vie.

L’espace extérieur de l’atelier de Barjac d’Anselm Kiefer. Prises du livre BOUHOURS, Jean-Michel (ed.). 2015. Anselm Kiefer. Éditions Centre Pompidou, 261
Les paysages de Kiefer murmurent incessamment. Ce sont des gémissements qui viennent du néant, des ruines. Bien qu’ayant une structure bien définie et classique, ils nous offrent des qualités visuelles inédites.
« La peinture d’Anselm Kiefer, comme ses sculptures, résulte d’une collecte, à l’extérieur du tableau, de ses éléments, traces, pièces, objets, plans, cartes, livres, containers. La délimitation qu’induit la circonscription du lieu fonde l’articulation dedans-dehors. Dans l’atelier, le monde est engrangé, l’atelier se fait réceptacle. Il ne s’oppose pas au plein air, dans une polarité dedans/dehors, du moins pas dans l’acception traditionnelle de cette opposition. Il en va d’en atelier-monde, et probablement d’un monde-atelier. »[16]
Le terme « atelier-monde » décrit parfaitement l’atelier de Kiefer. C’est un endroit dont l’immensité nous captive, se nous impose ; il n’est pas pareil aux ateliers artistiques ni aux galeries ou musées. Visiter les ateliers de Kiefer, c’est rencontrer un univers de créateur: l’univers de Kiefer.
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Les espaces intéreurs et extérieures les espaces vitrés de l’atelier de Barjac d’Anselm Kiefer. Prises du livre COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 55, 110
Outre d’immenses hangars, tunnels et ateliers, on voit à Barjac des espaces vitrés, qui ont donné un nouveau visage à cet espace dans le prolongement du jardin de Barjac. Certaines de ces espaces vitrés sont des espaces permettant de cultiver différents types de plantes et de fleurs. Mais certaines de ces espaces vitrés sont comme des galeries où sont disposées certaines œuvres de Kiefer, la continuité de l’espace et du temps vient des plantes et des arbres et de la nature de Barjac jusqu’à l’intérieure de ces espaces vitrés.
Lorsque vous observez le travail de Kiefer à l’intérieur de ces espaces vitrés, une transition temporelle se crée… Vous regardez un tableau de paysage ou une installation, mais dans sa continuation vous voyez un paysage derrière la vitre, un paysage dans lequel sont placées certaines des mêmes œuvres créées par Kiefer. Le paysage de jardin de Barjac. Ici, le problème interne externe disparaît et ces espaces vitrés deviennent un reflet particulier de la pensée de Kiefer dans la forme la plus idéale de présentation des œuvres.
Les œuvres sont exposées dans un lieu spécifique qui fait également partie du jardin de Barjac. Elles représentent une extension de cette nature, créant ainsi un lieu aventureux pour explorer l’extraordinaire histoire du parcours artistique de Kiefer.
Le travail effectué par Kiefer au cours de ces années à Barjac lui a permis de développer de nouvelles séries, à la fois en termes des vastes ressources matérielles mentionnées ci-dessus, et en ce qui concerne les idées et les concepts issues du cœur de la grande quantité de travail dans Barjac. Kiefer choisit également un chemin au cœur de l’histoire et de la tradition de la peinture qui, en plus de lui fournir d’énormes sources d’inspiration, fournit une plateforme à son travail, grâce à laquelle il peut établir une dialectique solide entre la qualité de son espace pictural, les concepts qu’il cherche à explorer, ainsi que d’autres médiums artistiques.
Dans le Barjac, Kiefer tente de donner un nouveau visage à son exploration au cœur de la nature. Il crée un monde multiforme en établissant des liens entre différents médiums artistiques, de la peinture aux installations et immenses structures architecturales, et en créant un lien entre l’intérieur de son atelier et les éléments naturels du jardin de Barjac. En tant que peintre de paysage, Kiefer a essayé, dans Barjac et dans son interaction avec la nature de Barjac, d’analyser au mieux la tension critique présente dans ses œuvres lors de leur interaction avec la nature de Barjac.
Conclusion
Les ateliers de Kiefer ressemblent plus à des laboratoires où il se lance dans des essais et erreurs et expérimente avec divers matériaux. Dans ce laboratoire, il fouille divers éléments et s’aide de tout matériau, de tout outil, afin d’obtenir ce qu’il a à l’esprit. C’est là que la manière et l’attitude artistiques de Kiefer s’enchevêtrent à l’endroit où il crée : l’atelier et tout ce qui est dedans deviennent un archétype, cherchant à communiquer des choses du passé au présent, ou bien nous faisant voyager, Kiefer et nous, dans le passé.
Barjac est le point où un peintre contemporain décide de développer ses préoccupations en dehors de l’espace pictural. À Barjac, nous pouvons explorer le monde de Kiefer, le même monde qu’il explore dans ses peintures, cette fois à travers une variété de formes artistiques au cœur de la nature.
Si nous voulons exprimer la fonction du jardin de Barjac pour Kiefer de manière générale, le jardin qui abrite l’atelier de Kiefer, deux approches générales peuvent être envisagées. Tout d’abord, ce jardin représente une allégorie de la terre dans laquelle Kiefer peut construire son propre univers. Cet univers a été façonné par ses œuvres dans différents médiums artistiques, qui sont disposées dans divers coins du jardin, des salles et tunnels aux serres et à l’espace principal du jardin, parmi les arbres de Barjac.
Une autre fonction que la nature du jardin de Barjac a pour Kiefer, étant donné que son principal domaine de travail est la peinture de paysages et que l’utilisation d’éléments naturels joue un rôle important dans son processus de création, est que les éléments naturels du jardin de Barjac deviennent les matériaux et les ressources que Kiefer utilise dans ses œuvres. Ces matériaux naturels, tant en termes de forme que de contenu, ont grandement contribué à faire progresser et évoluer le travail de Kiefer au fil des années.
Au cours de ces années, le Jardin-atelier de Barjac a été créé, étape par étape et section par section. Après avoir traversé toutes ces années et la grande quantité de travail effectué, l’espace de l’atelier de Barjac est comme une grande exposition : de grandes peintures, des collages d’images différentes, des assemblages, des installations, des instruments d’architecture, des halls, des couloirs conçus de manière particulière, des espaces vitrés et d’énormes tunnels qui ont encore ajouté aux merveilles de l’espace tous ces détails créé dans un grand jardin et à côté de divers éléments de la nature, tels que les arbres, les fleurs et différents types de plantes. À Barjac, la nature tente de donner un nouveau visage à l’exploration d’un artiste curieux qui cherche à porter un regard critique sur la condition humaine. En tant que peintre de paysage, Kiefer a essayé, dans Barjac et dans son interaction avec la nature de Barjac, d’analyser au mieux la tension critique présente dans ses œuvres lors de leur interaction avec la nature de Barjac.
La nature, telle une mère, a abrité en elle ces œuvres, ce qui constitue la forme la plus allégorique de la dialectique prédominante entre la nature de Barjac et le travail de Kiefer. Et dans telle ambiance est que ses œuvres nous noient dans les murmures de la terre.
Bibliographie
ARASSE, Daniel. 2007. Anselm Kiefer. Éditions du Regard.
ALVAREZ, José. 2007. Anselm Kiefer au Grand Palais : Sternenfall. Éditions du Regard.
BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard.
BERNADAC, Marie-Laure. 2007. Extrait du catalogue Anselm Kiefer au Louvre. Éditions Musée du Louvre.
BOUHOURS, Jean-Michel(ed.). 2015. Anselm Kiefer. Éditions Centre Pompidou.
COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard.
COHN, Danièle. LAUTERWEIN, Andréa. ALVAREZ, José. 2007. Anselm Kiefer au Grand Palais : Sternenfall = Chute d’étoiles, Monumenta. Éditions du Regard.
HUYSSEN, Andreas. 2011. La hantise de l’oubli (essais sur les résurgences du passé). Kime.
KIEFER, Anselm (au collège de France). 2011. L’Art survivra à ses Ruines. Regard.
LAUTERWEIN, Andréa. 2015. Anselm Kiefer et la poésie de Paul Celan. Regard.
MATTIUSSI, Véronique. 2017. Kiefer-Rodin : Cathédrales. Gallimard.
MINSSIEUX-CHAMONARD, Marie. 2015. Anselm Kiefer, L’alchimie du livre. Bnf.
[1] MATTIUSSI, Véronique. 2017. Kiefer-Rodin : Cathédrales. Gallimard, 75
[2] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 50
[3] BOUHOURS, Jean-Michel(ed.). 2015. Anselm Kiefer. Éditions Centre Pompidou, 140
[4] COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 13
[5] En interviewant Heinz Peter Schwerfel, il parle des raisons de son départ d’Allemagne :
Je n’ai pas quitté l’Allemagne pour des raisons politiques ou stratégiques, mais plutôt pour des raisons personnelles. […] J’avais […] besoin d’un changement pour mon œuvre et il est plus facile de changer en partant. Nous ne parlions peinture que comme étude des matériaux. Quand on a fait ça pendant des années, on acquiert une certaine aisance dans le traitement du matériau et je voulais m’en débarrasser. Je voulais m’exposer au matériau d’une manière nouvelle, repartir à zéro comme si je ne savais rien. Durant cette période, je n’ai plus peint pendant deux ou trois ans. Je me suis contenté de beaucoup voyager, du Mexique à l’Égypte. (KIEFER, Anselm (au collège de France). 2011. L’Art survivra à ses Ruines. Regard, 165)
[6] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 26
[7] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 29
[8] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 26
[9] MATTIUSSI, Véronique. 2017. Kiefer-Rodin : Cathédrales. Gallimard, 54
[10] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 26
[11] COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers : Barjac, un atelier dans la nature, 16
[12] MINSSIEUX-CHAMONARD, Marie. 2015. Anselm Kiefer, L’alchimie du livre. Bnf, 22
[13] COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 16, 17
[14] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 25
[15] BAQUÉ, Dominique. 2015. Anselm Kiefer ; Entre mythe et concept relief. Regard, 25
[16] COHN, Danièle. 2012. Anselm Kiefer : Ateliers. Éditions du Regard, 17
Mehdi Sharafi is an artist-painter and researcher based in Paris. He holds a doctorate in visual arts from the University of Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, and is a member of the Maison des Artistes de France. His area of expertise centers on pictorial space and painting. Over the course of two decades in his artistic career, he has developed numerous series that demonstrate a diverse range of approaches. In the realm of research, his work has underscored the dynamics of pictorial space in the contemporary era, with a particular focus on the connection between this medium and the challenges and concerns of contemporary humans. Currently, he is an artist-researcher at the 6B art center in Paris area. His efforts are dedicated to addressing forthcoming crises, particularly those concerning the relationship between humanity and nature within both the theoretical and practical domains of art. He is trying to explore how contemporary humans engage with their surroundings through the lens of his artistic specialization.






